Longtemps associés aux territoires les plus exposés, les épisodes de fortes chaleurs liés au réchauffement climatique touchent désormais une part croissante de la France et interrogent jusqu’à nos façons de nous déplacer. À vélo aussi, la hausse des températures commence à modifier les pratiques en profondeur. Face à cette nouvelle réalité, les collectivités disposent pourtant de nombreux leviers : végétaliser, désimperméabiliser, créer de l’ombre ou encore repenser l’espace public. Autant de solutions capables de rendre les déplacements actifs plus confortables tout en adaptant les territoires au dérèglement climatique.
Quand le climat vient bousculer les pratiques
L’été 2026 en offre une nouvelle illustration. Les épisodes de chaleur s’installent dans des territoires jusqu’ici moins habitués à y faire face et commencent à avoir des conséquences très concrètes sur les déplacements, en particulier sur les mobilités actives.
À Concarneau Cornouaille Agglomération, territoire lauréat d’AVELO 3, plusieurs demandes de location longue durée de vélos ont ainsi été reportées, voire annulées à la dernière minute en juillet en raison de la canicule, rapporte Brigitte COLLIN, référente AVELO 3 pour le quart Nord-Ouest à l’ADEME.
Le signal est particulièrement intéressant dans le Finistère, moins spontanément associé aux fortes chaleurs que d’autres régions françaises. Et il soulève une question plus large : comment nos habitudes de mobilité évoluent-elles lorsque les conditions climatiques deviennent plus difficiles ?
Certains déplacements peuvent être reportés ou annulés. Mais la chaleur peut aussi pousser des usagers à délaisser temporairement la marche ou le vélo au profit de la voiture, notamment pour bénéficier de la climatisation. Un paradoxe alors même que le développement des mobilités actives constitue l’un des leviers permettant de réduire les émissions liées aux transports conventionnels comme les véhicules thermiques.
Avec notre série La France Cyclable, nous étions justement partis à la découverte des actions engagées par Concarneau Cornouaille Agglomération pour développer la pratique cyclable. Un retour d’expérience qui rappelle aujourd’hui que les politiques vélo doivent aussi progressivement intégrer l’adaptation au réchauffement climatique.
Adapter les aménagements… et l’espace public
Face à ce constat, la réponse ne peut évidemment pas se limiter à demander aux cyclistes de s’adapter. C’est aussi l’environnement dans lequel ils se déplacent qui doit évoluer.
Comment créer des itinéraires offrant davantage d’ombre ? Comment réduire les îlots de chaleur ? Quelle place donner à la végétation et à l’eau dans les projets cyclables ? Et surtout, comment profiter d’un réaménagement de voirie pour répondre simultanément aux enjeux de mobilité et d’adaptation climatique ?
Ces questions étaient au cœur de notre webinaire AVELO organisé le 29 janvier 2026, consacré à l’adaptation des politiques cyclables au dérèglement climatique.
Parmi les retours d’expérience présentés, celui de Plaine Commune, en Seine-Saint-Denis, montre tout l’intérêt de ne plus traiter séparément ces différents enjeux.
Sur ce territoire urbain particulièrement dense et exposé aux îlots de chaleur, deux stratégies ont été mises en regard : le Schéma directeur des itinéraires cyclables et le Plan de végétalisation et de rafraîchissement du territoire.
Leur superposition permet aujourd’hui d’identifier les secteurs où les besoins en infrastructures cyclables et en végétalisation se rejoignent, et donc de prioriser certaines interventions sur l’espace public.
Concrètement, lorsqu’une rue doit être réaménagée pour accueillir une piste cyclable, le projet devient aussi une occasion de planter des arbres, désimperméabiliser les sols, élargir les espaces végétalisés ou améliorer la gestion des eaux pluviales.
À Stains, par exemple, le réaménagement de la rue des Huleux a permis de transformer une voie utilisée comme raccourci automobile.
Son passage en sens unique a libéré de l’espace pour créer une piste cyclable bidirectionnelle de 3,5 mètres, élargir les trottoirs et végétaliser la rue, tout en repensant la gestion des eaux pluviales.
D’autres projets conduits par Plaine Commune suivent la même logique : suppression de places de stationnement au profit de plantations, création de jardins de pluie, réemploi de pavés et de bordures ou encore utilisation de béton bas carbone.
Sur certaines pistes cyclables, le choix d’un revêtement beige participe également à limiter l’accumulation de chaleur.
Un même chantier pour plusieurs transformations
Cette approche présente aussi un intérêt très opérationnel pour les collectivités : profiter d’un même chantier pour transformer plus largement l’espace public.
Créer simultanément un aménagement cyclable et des espaces végétalisés représente certes un investissement supérieur à celui d’une simple piste cyclable.
Mais intervenir en une seule fois permet aussi de mutualiser une partie des travaux, notamment les coûts liés à la démolition, plutôt que de revenir quelques années plus tard pour végétaliser une voirie récemment aménagée.
Plaine Commune souligne néanmoins la nécessité de hiérarchiser les ambitions.
Les contraintes d’espace et la présence des réseaux souterrains ne permettent pas toujours de tout faire partout.
Certains axes pourront prioritairement accueillir des arbres, d’autres des infrastructures cyclables structurantes.
La suppression du stationnement constitue également un choix qui nécessite un portage politique fort.
L’enjeu est donc moins de reproduire partout un modèle unique que d’intégrer l’adaptation climatique comme une composante à part entière des projets de mobilité.
De l’ombre, de l’eau et des solutions à la portée des collectivités
Les aménagements cyclables ne sont évidemment qu’une pièce du puzzle. Végétaliser une rue, créer des îlots de fraîcheur, désimperméabiliser une cour ou mieux gérer l’eau constituent autant de leviers pour rendre les villes plus vivables pendant les épisodes de chaleur.
Lors du webinaire, Bettina Leblanc, de l’ADEME, a notamment présenté Plus fraîche ma ville, un service public numérique destiné à accompagner les collectivités dans le choix de solutions de rafraîchissement adaptées à leurs projets.
L’outil permet d’explorer différentes solutions et de mieux appréhender leurs bénéfices, leurs contraintes et les conditions nécessaires à leur mise en œuvre.
Une ressource particulièrement utile au moment où adaptation au changement climatique, qualité de l’espace public et mobilités actives apparaissent de plus en plus indissociables.
Pour aller plus loin
Retrouvez le webinaire AVELO consacré à l’adaptation au réchauffement climatique, le retour d’expérience de Plaine Commune et les ressources de Plus fraîche ma ville pour approfondir ces enjeux et identifier des solutions adaptées à votre territoire.
Toute l’équipe d’AVELO vous souhaite une très belle rentrée !